Faire émerger la nuance !

Updated: May 5



Le monde moderne laisse peu de place, peu de temps à l'expression de la nuance. Comment créer les conditions pour qu'elle puisse s'exprimer, pour qu'elle puisse être exprimée ?

Prenons deux éléments qui semblent (ou sont) en opposition.

Faire émerger la nuance, c'est se rendre compte qu'il y a entre les deux, un espace à découvrir. Cet "entre" c'est l'espace de la nuance.


Enfants, nous avons appris à compter: 0, 1, 2, ... Et il n'y avait alors, pour nous, rien entre 0 et 1 ! Et puis est venu le collège et l'apprentissage des nombres décimaux. Un monde s'est alors ouvert : 0.1, 0.111, 0.1765398, ... Il en est de même avec la nuance. L'espace "entre" est infini et peut même faire émerger d'autres dimensions.


Il me semble que faire émerger la nuance est d'abord un travail individuel. Dans une situation donnée, naturellement, instinctivement, je vais me placer d'un côté, choisir mon camp:


Il va me falloir un effort conscient pour faire tomber la barrière, supprimer l'opposition et commencer à accéder à l'entre. Au départ, l'entre est souvent une antre sombre, glacée, qui fait peur.


Cette entrée dans l'antre de l'entre nécessite des actions: lire un article, regarder une vidéo, écouter une position qui expriment des choses avec lesquelles je ne suis pas entièrement d'accord. Et c'est là que le "Primum non contra" de mon post précédent prend tout son sens: d'abord ne pas être contre !

En continuant, l'avancée dans l'entre, j'augmente ma flexibilité entre les 2 positions "extrêmes".


Et en continuant le travail d'exploration de l'entre, je découvre des bifurcations, des connexions et j'élargis encore ma perception du monde.


Les algorithmes de préférences des médias (Youtube, Netflix, Google news, ...) et réseaux sociaux (Facebook, Instagram, ...) sont construits pour me proposer du contenu qui reste du même côté, de mon côté, dans ma bulle. Il est donc nécessaire de sortir des recommandations, de sortir de l'ordinaire pour aller vers l'entre et aller vers l'élargissement, aller vers l'enrichissement.

Comment faire émerger la nuance lorsque nous sommes en interaction avec un autre ?


Il y a bien évidemment la situation facile dans laquelle, chacun est disposé à explorer l'entre.


Mais ce n'est malheureusement pas toujours le cas. Lorsque je suis "bloqué" d'un côté, je laisse seulement deux possibilités à l'autre: être pour ou être contre !


Dès que l'autre a la moindre impossibilité à être "pour", il se retrouvera du côté du "contre" et une opposition marquée risque de se mettre en place:


La situation pourra se débloquer à condition qu'il y ait une action volontaire de l'un ou de l'autre. Je peux espérer que l'autre change d'avis ou fasse le premier pas. Il me semble plus sûr de passer à l'action et de créer l'envie d'exploration de l'entre, de l'exploration de la position de l'autre.


La sortie de ma position et l'ouverture à l'autre peuvent suffire à créer une exploration mutuelle de l'entre. Pour fonctionner cette ouverture doit être authentique, l'autre ne doit pas avoir de doutes sur la réalité, sur la vérité de mon ouverture. C'est l'authenticité qui fait l'ouverture et pas l'inverse.

Mais être authentique et créer cette ouverture seront loin d'être toujours suffisants. En effet, souvent l'autre a de bonnes raisons d'être "enfermé" de son côté.


Si c'est le cas, il est fort probable qu'il y ait des forces qui agissent sur lui pour l'empêcher de bouger et de commencer l'exploration de l'entre (qui est pour lui une antre sombre à ce moment-là.) Une force qui le fait rester du côté où il se trouve, et une force qui l'empêche d'aller vers l'autre côté. Peurs, croyances, valeurs, anti-valeurs, motivations sont autant d'éléments qui vont constituer ces forces.


Dans une situation comme celle-ci, il sera quasiment impossible faire bouger l'autre en cherchant à l'amener de l'autre côté. Plus je vais forcer à le tirer, à l'amener vers moi, plus il est probable qu'il s'ancre dans sa position. C'est exactement ce qu'il se passe dans les phénomènes de radicalisation y compris les radicalisations valorisées/acceptées/défendues par la société. Et oui être anti-xxxx et pro-xxxx c'est la même chose du point de vue du manque de nuance. Il y a simplement des radicalités majoritaires ou minoritaires... Fermons la parenthèse de la radicalité et revenons à notre situation.

Comment faire pour mettre l'autre en mouvement... Tout d'abord bien s'assurer que je ne sois pas en train de vouloir (voire exiger) que l'autre vienne de mon côté, mais simplement que ensemble nous explorions l'entre ! Comme dans certains arts martiaux (aïkido, judo), je propose d'utiliser la force de l'autre. Je vais aller dans son sens, je vais aller de son côté:


Mais je vais y aller dans une posture qui crée la surprise, qui génère l'interrogation, qui questionne ! Dans une posture qui modifie la situation, qui fait émerger l'autre position dans son esprit. Depuis cette nouvelle position, ce sera plus difficile pour lui de nier l'existence de l'autre côté.


Quelques pistes concrètes pour créer cette surprise :

  • utiliser l'humour pour mettre en avant le côté caricatural de la situation

  • exagérer la situation, en grossissant le trait, en étant plus royaliste que le roi

  • jouer le faux-naïf (tel l'inspecteur Colombo) pour amener l'autre à se dévoiler

Attention, l'autre ne se retrouve pas de mon côté dans cet exercice, nous nous trouvons ensemble dans une position plus propice à l'exploration de l'entre !

Voilà où j'en suis de mes réflexions sur l'émergence de la nuance, sur l'exploration de l'entre.

N'oublions que nous sommes tour à tour le petit bonhomme orange et le petit bonhomme bleu...

Je terminerai en nous invitant à la curiosité en toute circonstance. C'est effet l'outil n°1 de l'explorateur.

Je nous souhaite de joyeuses explorations de l'entre.

Au plaisir.

Benoît.